Lettre aux sénateurs





Mesdames, Messieurs les Sénateurs 

Nous cherchons une possibilité  de faire évoluer certaines  choses concernant une situation des plus complexes pour les enfants ou personnes intersexuées: ce que l'on appelle plus communément  « ambiguïté sexuelle » ou encore « hermaphrodisme ».

Ces enfants naissent avec des organes génitaux qui diffèrent des normes mâle/femelle. Parfois, l'intersexuation n'est pas visible à la naissance mais se manifeste plus tard et souvent à l'adolescence.

C'est en connaissance de cause que nous aimerions  faire connaître la situation de ces personnes. En effet, nous sommes mamans  d'enfants nés intersexués, notre parcours serait beaucoup trop long à expliquer en deux mots mais nous pensons franchement qu'il est urgent d'aider ces personnes bien trop souvent oubliées par la société tant au niveau social que médical.

Contrairement à  ce que nous disent les médecins, l'intersexuation n'est pas rare par contre c'est clairement un sujet tabou que le corps médical préfère passer sous silence allant jusqu'à pratiquer des opérations de normalisation sans demander l'autorisation des parents et encore moins des enfants concernés. Si plus tard, ces personnes désirent aller à « l'encontre » du sexe qu'on leur a imposé, elles seront considérées comme transsexuel.le.s et devront demander une ALD pour dysphorie de genre. Pourtant l'intersexuation et la transsexualité sont deux conditions bien différentes qu'il est important de distinguer.

Comment se fait-il que les médecins puissent se permettre de choisir le sexe d'une personne alors que ce choix ne repose pas sur une science exacte, pour ensuite laisser cette personne gérer seule une décision qu'elle n'a pas prise et qui ne le convient peut-être pas ?

Comment se fait-il que la prise en charge des intersexués s'arrête lorsque le « choix » ou « non-choix » du sexe a été fait ? La plupart des intersexués ne se considèrent pas comme malades mais ils ont tout de même besoin d'un traitement hormonal de substitution pour pouvoir vivre. De plus, certaines opérations chirurgicales peuvent leur être nécessaires pour rester en bonne santé (par exemple, la mastectomie: risque de cancer si prise d'hormones mâles).

Comment se fait-il que nos enfants soient opérés à maintes reprises et hormonés alors que la mention « intersexué » ne figure nulle part dans leur dossier médical ?

En ce qui nous concerne, certains médecins nous ont dit « que nous pouvions faire le choix de sexe pour notre enfant ». Nous pensons et sommes convaincues  que nous n'avons pas le droit de choisir pour notre enfant. Nous n'avons aucun droit sur lson corps et lui seul pourra nous dire au fond ce qu'il est ou ce qu'il désire être. Surtout que dans la plupart des cas, il n'y a aucun urgence à opérer un enfant. Il est important que le corps médical comprenne ceci. 

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, alors que la loi condamne les mutilations génitales (comme l'excision) et toute autre forme de mutilation non nécessaire à la survie d'un enfant, celle-ci ne semble pas s'appliquer aux enfants intersexués. Très souvent, ces enfants sont opérés à plusieurs reprises pour que leurs organes génitaux ressemblent le plus possible aux normes masculines ou féminines. Pourtant toutes ces opérations ne sont pas nécessaires pour qu'ils puissent vivre normalement et en bonne santé.

Nous voulons aussi attirer votre attention sur le non-respect de la loi Kouchner (note Arthurienne: vérifier le nom!) dès qu'il s'agit d'enfants intersexués. (Loi no 2002-303 du 4 mars 2002, Art. L. 1111-4  « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »)

Nous aimerions solliciter un peu de votre temps afin de discuter plus amplement des intersexués et de leurs besoins.

En attendant une réponse de votre part, nous vous prions, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, de bien vouloir agréer nos salutations les plus distinguées.